Un souterrain d'enfer
un roman d'aventures de Philippe TASSEL ©2000
illustré par Martine Belot
  La découverte chapitre trois
 
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Chaque couleur de texte correspond à un personnage.
 

Prises de court, Bérangère et Chloé se levèrent. Elles saluèrent à la hâte. Cléopâtre leur emboîta le pas.

- Je reste assis, s'excusa le mété, grognon. Les pieds me font mal.

Les filles se dirigèrent vers la porte. Elles échangèrent un regard. Alors Bérangère conclut :

- On fera notre possible.

- J'avais compris, fit l'Augustin.

La pénombre les empêcha de voir son sourire complice. Chloé, rêveuse, eut du mal à refermer la porte.

Dehors, les taillis, les arbres, les moutons se transformaient en ombres chinoises au fur et à mesure que le soleil déclinait. Les filles enfourchèrent les bicyclettes, slalomant entre les buttes de terre meuble et les flaques. L'irrégularité du chemin les obligeait à souvent pédaler en danseuse. La chienne Cléo batifolait, dénichait un terrier, le reniflait, jappait, accourait.

Elles rejoignaient la route quand Chloé sembla reprendre ses esprits. Elle s'exclama :

- Zut de crotte de bique ! L'heure de prendre le lait chez Bibi est passée. Il a fermé sa porte...

A cet instant, une espèce de pantin désarticulé courut vers elles. Après la discussion qu'elles venaient d'avoir avec ce personnage étrange qu'était le mété, la vue de cet énergumène qui fonçait sur elles les pétrifia. Si les elfes existaient, ils ressemblaient certainement à cela.

- Bibi se plaignait de votre retard. Je me suis permis de prendre votre lait. Tenez le voici.

L'Emile tendit une bouteille. Les filles le remercièrent puis filèrent à la Sylvine, la maison des parents de Chloé.

Après le repas, Bérangère et Chloé montèrent se coucher. Couvertes de la bonne couette de duvet, tirée jusque sous le cou, elles partagèrent les impressions laissées par la rencontre avec le vieillard.

- Pas étonnante sa réputation de sorcier s'il reçoit les gens avec sa buse ! s'exclama Bérangère.

- Tu crois vraiment à son histoire ? s'enquit Chloé soudainement sceptique.

- En tout cas elle est belle ! répliqua Bérangère.

Elle ajouta :

- Il me fait un peu peur ce vieux... Je suis à la fois flattée et intimidée qu'il nous confie une recherche...

- Il ne serait pas manipulateur ? s'inquiéta sa camarade. Finalement, il obtient ce qu'il veut. La preuve, il savait que nous accepterions avant qu'on ne prenne une décision.

- Chez lui, l'ambiance, ce qu'il disait me paraissaient naturels... approuva Bérangère. Maintenant, j'éprouve une sorte de malaise... Il n'a rien fait de spécial, rit-elle... Pourtant il se dégage une sorte de charme de cet homme.

En effectuant de légers mouvements de serpent, Chloé se creusa un petit nid douillet. Elle prit une voix presque sourde :

- Lorsque je suis en compagnie de certaines personnes, elles peuvent parler, gesticuler, je ne sens pas leur présence. Lui, c'est le contraire, immobile et silencieux, il émet comme des ondes qui nous appellent qui nous enveloppent. A cette minute même...

La fille brune frissonna :

- Arrête, ne raconte pas des choses pareilles avant de dormir. Je vais faire des cauchemars !

Chloé rêva un instant tandis que son amie essayait de se changer les idées. Sophie, la mère de Chloé, entra dans la chambre sur la pointe des pieds. Quand elle vit les enfants qui parlaient à la lueur de la lampe de chevet, elle demanda :

- Vous n'éteignez pas ? Il est tard.

- Encore un peu, supplia Bérangère qui ne parvenait pas à chasser de son esprit les pensées inquiétantes que Chloé y avait glissées.

Sophie les embrassa et sortit.

La fille blonde réfléchit :

- Ecoute, proposa Chloé. Cette histoire m'excite trop. Si on vérifiait d'abord que cette pierre mystérieuse existe bien ? Je suis sûre qu'elle se cache dans le gros buisson de ronces du Boismalin.

- Ha bon ! Comment tu sais cela, toi ? s'étonna Bérangère.

- Mais tout le monde est au courant que l'Augustin s'est fait une resserre dans les épines, là-bas. Il y garde ses cueillettes. Personne n'oserait y entrer. Les gens ont trop peur de lui. C'est là que se trouve la pierre, j'en suis sûre. Tu comprends, il a fait son abri dessus, comme cela personne ne risque de la découvrir.

- Tu entrerais dans le souterrain ? Mais il nous a averties : il y a des pièges, s'affola Bérangère frémissante.

- Non évidemment, sourit Chloé. On n'entre pas, on vérifie la présence de la dalle, c'est tout.

- Ensuite ?

- On décidera sur place selon ce qu'on trouvera, conclut sa copine.

Ce soir-là, le sommeil tarda. Elles s'agitèrent sous les draps un long moment. Puis la chambre s'emplit d'une double respiration régulière et paisible.

Le lendemain matin, elles enfourchèrent les VTT en direction du Boismalin... Elles évitèrent les profonds sillons creusés par les roues crantées des tracteurs... Dans la clairière elles piétinèrent la végétation rabougrie parsemée de champignons... Enfin, elles appuyèrent les bicyclettes contre un tronc, elles se faufilèrent entre les chênes de la forêt. Ici la nature sauvage commençait. Bérangère et Chloé observaient le silence dans l'espoir de surprendre un chevreuil en promenade, ou bien d'entendre le chant mélancolique d'un oiseau forestier. Les bruits inconnus ne suscitaient pas la peur . Au contraire, ils affûtaient la curiosité.

Bientôt, elles atteignirent le buisson de mûrier où l'Augustin avait aménagé son abri. Des branchages bouchaient l'entrée. Elles pénétrèrent dans le tunnel taillé dans les tiges épineuses. Elles parvinrent dans une sorte de réduit rempli de cageots de pommes sauvages et de champignons. A la lueur d'une lampe, Bérangère repéra un endroit où les tiges étaient plus minces. Munie de son sécateur, elle commença à les couper.

Chloé, tout en observant les moindres plantes susceptibles de garnir son herbier, la regardait faire :

- Cela me rappelle l'histoire d'Aladin. Tu sais, ce garçon envoyé dans une grotte par un faux oncle. Il doit remonter la lampe merveilleuse...

- Je ne suis pas un garçon, s'énerva son amie brune. Si tu te prends pour mon oncle tu devrais te laisser pousser les moustaches !... J'aimerais bien ne pas être la seule à me piquer les doigts, finit-elle en tendant l'outil à sa copine.

A son tour, Chloé creusa le passage dans la végétation si peu accueillante. Des piquants tiraient les mailles de son pull. Elle baissait la tête pour ne pas se prendre les cheveux dans les griffes du mûrier.

Une bonne nuit de sommeil avait redonné du courage aux filles. Elles n'entreraient pas dans le souterrain, c'est ce qu'elles avaient décidé. Du coup, elles se sentaient plus détendues.

Plusieurs minutes de débroussaillage plus tard, Bérangère buta contre une marche aux arêtes émoussées, recouverte de mousse.

- Regarde ! fit-elle remarquer.

En silence, la fille brune finit d'en dégager les abords. Sa compagne termina d'agrandir le tunnel jusqu'à en faire une sorte de tonnelle où l'on pouvait se tenir debout facilement. Puis elles grattèrent la roche grise avec des truelles. L'excitation gagna Chloé quand elle reconnut des lettres gravées. Elle s'activa de plus belle. Bérangère se releva. Elle jugeait la découverte : une pierre de schiste d'une quinzaine de centimètres d'épaisseur, sur cinquante de large et d'un mètre de long. Sans aucun doute, des inscriptions apparaissaient en creux.

Chloé se redressa. Sans dire un mot, elle observa la trouvaille à son tour. Un imperceptible serrement dans la poitrine trahissait son émotion.

- Il n'a pas menti, remarqua Chloé en parlant du mété...

- Qu'est-ce que cela prouve ? la coupa sa camarade d'un ton brutal.

Cette intonation ne trompa pas Chloé. L'existence du souterrain devenait plus probable. Alors Bérangère ne parvenait pas à dominer complètement son émotion.

Un piétinement régulier des feuilles jonchant le sol attira l'attention des filles. Le bruit se rapprochait... Non, il ne s'agissait pas d'une personne. Plutôt d'un animal. Elles distinguèrent un arrêt. Le trottinement reprit. Il se rapprochait...

 

[Quel est ce bruit ?]