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Un
souterrain d'enfer
un roman d'aventures de Philippe TASSEL ©2000 illustré par Martine Belot |
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| Un rendez-vous étrange | chapitre premier | |
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Un
paysan en veste bleue descendit de son tracteur. Il s'avança jusqu'à
la haie. - Les d'moiselles, les d'moiselles ! Chloé,
la blonde, passait toujours les vacances en Berry
dans la maison de ses parents. Bérangère, la brune, était son amie.
La chienne Cléopâtre ne les quittait pas. - Ben voilà, j'ai une commission pour vous... Quelqu'un m'a demandé de vous dire... Le paysan bredouillait, mal à l'aise. - C'est de la part de qui ce message ? demanda gentiment Chloé. - Ben c'est l'Augustin... vous savez bien, le mété quoi ! bafouilla-t-il. Chloé
comprit alors sa gêne. On surnommait l'Augustin le " météorologue "
ou encore le " mété ", parce qu'il relevait les températures et le temps
quotidien depuis son enfance sur des cahiers d'écolier. A croire les
rumeurs
du village,
le vieil homme possédait des pouvoirs étranges. On le disait sorcier.
Personne ne lui parlait. Lui, prenait un malin plaisir à se moquer des
autres.
- Qu'est-ce qu'il veut le mété ? Comme le paysan ne parvenait pas à poursuivre, Chloé l'encouragea encore. - Qu'est-ce qu'il nous veut l'Augustin ? Après un silence, l'Emile expliqua d'une seule traite : - Faut que vous veniez le voir. Faut qu'il vous cause... Il est malade... - Maintenant ? - Le plus tôt que vous pouvez, proposa le paysan. J'ai laissé passer le temps, j'osais pas vous dire, ajouta-t-il, confus. Chloé et Bérangère ressentaient pour le vieil original une attirance mêlée de respect craintif. Bizarrement jamais elles ne lui avaient adressé la parole. Sa vie en retrait des autres ne facilitait rien et les rendait un peu inquiètes. - Allons-y, enchaîna le cultivateur longiligne. Les filles descendirent des bicyclettes. Le Berrichon les accompagna de sa démarche ondulante. Ils bifurquèrent sur un chemin de terre. Ils avancèrent sur la crête d'herbe entre les profondes ornières remplies d'eau où se reflétait le soleil. Des deux côtés du chemin, les troncs d'arbres ressemblaient à des sentinelles immobiles : on leur avait coupé les branches pour faire du bois de chauffage. Chloé se penchait de temps à autre et délicatement coupait une tige d'un coup sec, en prenant soin de laisser les racines. Elle s'était mis en tête de constituer un herbier. Alors elle cueillait de nouvelles plantes chaque jour. - Vous savez, il faut pas croire ce que les gens racontent sur le mété, dit soudain l'Emile. Il est pas pareil, c'est vrai. Il se moque souvent aussi. Pour ce qui est des dons, il en a... mais pas le mauvais don... Quand j'ai une vache de malade, c'est à lui que je demande. Il connaît les herbes et les tisanes. Mais jamais je ne l'ai vu faire le mal. Ces mots rassurèrent légèrement Chloé et Bérangère. Elles avaient réagi calmement en entendant le nom de l'Augustin. Elles ne gardaient pas moins une certaine appréhension mais ni l'une ni l'autre n'auraient accepté de le reconnaître. Un petit pincement leur tiraillait le ventre alors qu'elles se forçaient à paraître décontractées. Un cri qui ressemblait à la fois au pleur d'un enfant et au miaulement d'un chat fit lever les yeux. Un oiseau aux larges ailes tournoyait au-dessus d'eux. - C'est
Chevalier Noir,
souffla l'Emile, la buse du mété. Les filles n'osèrent pas demander plus d'explications. Ils approchaient de la maison du vieillard. Chloé revit alors une image qui apparemment n'avait aucun rapport avec la situation: elle, petite, entrant pour la première fois à la grande école, tant espérée et redoutée, enfin elle n'appartenait plus au monde des petits. De façon semblable en passant l'entrée du jardin, elle se sentit admise dans un univers désiré. Elle avala pourtant sa salive avec difficulté. Là-haut, Chevalier Noir descendait en cercle, de toute son envergure, puis s'élevait. Il poussa un long cri de fauve blessé. On distinguait son bec de rapace et son œil perçant et fier.
La lumière s'infiltrait par la porte. Elle dessinait une grande plage qui s'étalait sur les larges pierres lisses et irrégulières du sol. Elle montrait une chaise, un coin de table de ferme. Au-delà, la pièce disparaissait dans la pénombre. L'Emile fit un pas, d'un geste familier il convia les enfants à entrer. Puis il referma difficilement la porte, une main sur la poignée, l'autre à plat sur le bois. - Vous en avez mis du temps, les gamines. C'est-y que j'avions peur ? prononça une voix qui roulait les " r ". Cléopâtre grogna. |
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